Questions légitimes

8. févr., 2016

Un collectif présente le projet d'une monnaie complémentaire en Valais : le Farinet. Que penser de ce projet ? Ne fait-il pas double emploi avec le projet du Batz ? Est-il un projet concurrent ? Quel est son caractère vis-à-vis du projet du Batz ?

Première réaction
Comme d'autre MCL (monnaies complémentaire locales) le Farinet se devait d'investir le champ économique du Valais. Les MCL représentent des moyens de paiement alternatifs et ont pour fonction de protéger l'économie en la localisant. Le Farinet est d'une portée et d'une ambition comparable aux autres MCL comme le Léman, La nature sympathique de cette idée aux accents solidaires ne manquera pas de susciter des réactions et des interrogations. Lancer un débat par une action concrète est toujours une bonne chose. Le projet du Farinet va dans le bon sens, celui d'une participation citoyenne à l'outil monétaire.

Double emploi ?
Le projet fait effectivement un peu double emploi avec le Batz, car le Batz, lancé en 2013, est  prévu pour fonctionner comme une monnaie locale solidaire. Cependant, les contacts que nous avons avec les initiants du Farinet permettront de confronter les idées respectives et de créer une dynamique positive.

Concurrence ?
Le Batz est un concept global, incluant la création monétaire et la participation, non d'un nombre de citoyens limité et volontaires, mais incluant gratuitement tous les acteurs économiques du canton et prétendant contribuer à l'augmentation du PIB. Si le Farinet est un projet solidaire, le Batz est un projet social, à l'échelle cantonale. Le Farinet est un sous-ensemble du Batz, on peut le considérer comme un projet pilote. Dans la mesure où un projet récent et léger est traité préférentiellement par les médias, vis-à-vis d'une autre projet, plus ancien et plus complet, on pourrait considérer que le projet le moins dérangeant pour l'establishment est étape necéssaire, avant d'avancer un concept plus complet dont l'ambition est de placer les décideurs en face de leurs responsabilités.

Caractère
À cause de son caractère strictement dépendant de la monnaie-dette, car il faut acheter les Farinets avec des Francs suisses, le projet du Farinet ne se place pas dans la même catégorie que celui du Batz. Le Batz est une monnaie qui ne dépend pas de la monnaie-dette, elle est créée et distribuée par les instances officielles, sans dette, et ne doit pas être achetée unilatéralement par les citoyens et les commerçants, sur qui reposerait tout l'effort selon le concept du Farinet. Dans le Batz il y a implication et effort réel de la part du gouvernement. Le Batz investit le terrain de la création monétaire, chasse gardée des profiteurs du système. On peut dire que le Farinet est un projet dont la portée est d'initier un changement de mentalités vis-à-vis des moyens d'échange. Après il faudra passer à quelque chose de plus consistant.

Conclusion
Selon Derruder, une monnaie complémentaire locale dépendant de la monnaie officielle(p. ex. Farinet)  devrait faire déboucher les collectivités vers une monnaie locale gratuite présentant un caractère officie (p. ex. Batz), qui permettrait un désendettement de la société en général. Seule cette caractéristique de totale indépendance sur les questions monétaires permettra aux sociétés de se protéger des menaces sur la monnaie légale, que font peser les marchés financiers ainsi que les banques centrales, avec leurs politiques aveugles de quantitative easing et de taux négatifs.

13. juin, 2015

Q.: Suite à l'introduction d'une monnaie locale, les gens n'auraient-ils pas un réflexe de méfiance vis-à-vis de cette monnaie, et ne chercheraient-ils pas à éviter son utilisation ?

R.: Lorsque l'on reçoit un bon cadeau dans un magasin, par exemple sous forme d'une carte de débit, les gens ne considèrent-ils pas le pouvoir d'achat de ce bon au même titre que la monnaie qui a permis de l'acheter ? Avec la monnaie locale, l'achat du bon a été fait par le travail. Le bon produit à cet effet, billet ou compte avec carte de débit a la même valeur en terme de pouvoir d'achat.

À part les personnes négligentes, qui de nos jours laisse se perdre se perdre un bon cadeau, à moins de ne pas trouver dans le magasin ce qu'il désire ?

Si le bon est valable dans tous les commerces et que des parts de salaires sont payées par ce moyen, nul doute que les gens en profiteraient, surtout si dès le départ des sommes incitatives sont versées sur leurs comptes, ce qui est prévu dans le système.

En fait, la double/triple/quadruple monnaie est déjà entrée dans les moeurs.

13. juin, 2015

Q.: La monnaie régionale ne risque-t-elle pas de concurrencer le franc suisse ?

R.: Tout d'abord la monnaie régionale échappe à la régale de la Confédération. Elle ne peut donc du point de vue légal gêner le franc suisse. Deuxièment, par vocation, la monnaie régionale n'est pas destinée à circuler en dehors de la région spécifiée, elle ne se trouve pas sur les marchés, elle ne peut servir à acheter d'autres monnaies ni des actifs financiers sur les marchés. Elle fonctionne dans l'économie locale et réelle, servant aux paiements de biens et de services concrets et courants.

Avec des francs suisses on peut acheter de la monnaie locale, mais le contraire n'est pas possible, sauf pour une entreprises qui aurait obtenu trop de liquidités en monnaie locale et ne pourrait pas honorer ses engagements extérieurs au canton. Il n'y a donc aucun moyen de "créer" du franc suisse avec de la monnaie locale. Le franc suisse reste définitivement la devise officielle et légale, complétée en terme de fonctionnalité par la monnaie régionale.

Comme la monnaie régionale n'est pas impliquée en dehors de la région et que son volume reste limité à ce qui a été budgétisé au Grand Conseil, les effets de bulle sont tout autant impossibles à créer, elle n'a donc aucune incidence sur la politique monétaire de la BNS ni sur la fonctionnement du système bancaire.

13. juin, 2015

Q.: La monnaie locale ne pourrait-elle pas servir à du blanchiment ?

R.: Puisque la masse monétaire de monnaie locale est connue en permanence au centime près et que tous les titulaires de comptes sont enregistrés dans la même banque et  sont domicilés dans  la même région, il serait vraiment impossible de dissimuler les fruits d'une activités délictueuses tel que l'arnaque ou le blanchiment. Le seul risque est celui inhérent à toutes les autres monnaies : le vol d'argent en espèces.

2. févr., 2014

Question :

Qu'en est-il de la régale de la Confédération concernant la création monétaire, stipulée à l'article 99 ? La création d'une monnaie locale est-elle anticonstitutionnelle ?

"La monnaie relève de la compétence de la Confédération; le droit de battre monnaie et celui d'émettre des billets de banque appartiennent exclusivement à la Confédération."

Réponse :

L'article 99 ne concerne, selon les commentaires, que la monnaie physique en francs suisses, c'est-à-dire les billets et le pièces officielles. C'est une lacune constitutionnelle connue. Les banques privées créent à peu près dix fois la quantité de monnaie physique existant en Suisse sous forme de monnaie scripturale électronique. Cette monnaie n'est pas soumise à cet article 99, ni les monnaies parallèles comme les chèques Reka, la monnaie de la banque WIR, les SEL (systèmes d'échange locaux). Le seul problème qu'on pourrait avoir avec une monnaie complémentaire c'est de constituer une masse monétaire critique qui échappe aux impôts. Si la monnaie complémentaire est créée par l'État du Valais, il gère la masse monétaire et la fiscalité de façon souveraine. La monnaie n'est donc plus un problème vis-à-vis des impôts. Cependant, il nous semble que les impôts et taxes fédérales restent dues à la Confédération. Le canton devrait donc constituer une réserve en francs suisses suffisante pour les échanges avec la Confédération. Ceci n'est finalement plus un problème, vu que la monnaie locale permet justement d'économiser des dépenses en francs suisses.