Les fondements philosophiques et éthiques de l'ensemble de la démarche

 

 

 

Devoir de l'État

Le devoir fondamental de l'État en matière économique est de définir un cadre juridique capable de régler les rapports économiques, afin de « sauvegarder (...) les conditions premières d'une économie libre, qui présuppose une certaine égalité entre les parties, d'une manière telle que l'une d'elles ne soit pas par rapport à l'autre puissante au point de la réduire pratiquement en esclavage ». L'activité économique, surtout dans un contexte de marché libre, ne peut pas se dérouler dans un vide institutionnel, juridique et politique: « Elle suppose, au contraire, que soient assurées les garanties des libertés individuelles et de la propriété, sans compter une monnaie stable et des services publics efficaces ». Pour remplir la tâche qui est la sienne, l'État doit élaborer une législation opportune, mais aussi orienter judicieusement les politiques économiques et sociales, afin de ne jamais devenir prévaricateur dans les diverses activités du marché, dont le déroulement doit demeurer libre de super- structures et de contraintes autoritaires ou, pire encore, totalitaires.

Destination universelle des biens

Le principe de la destination universelle des biens de la terre est à la base du droit universel à l'usage des biens. Chaque homme doit avoir la possibilité de jouir du bien-être nécessaire à son plein développement: le principe de l'usage commun des biens est le « premier principe de tout l'ordre éthico-social »  [...]

Il s'agit avant tout d'un droit naturel, inscrit dans la nature de l'homme, et non pas simplement d'un droit positif, lié à la contingence historique; en outre, ce droit est « originaire ». Il est inhérent à l'individu, à chaque personne, et il est prioritaire par rapport à toute intervention humaine sur les biens, à tout ordre juridique de ceux-ci, à toute méthode et tout système économiques et sociaux: « Tous les autres droits, quels qu'ils soient, y compris ceux de propriété et de libre commerce, y sont subordonnés [à la destination universelle des biens]: ils n'en doivent donc pas entraver, mais bien au contraire faciliter la réalisation, et c'est un devoir social grave et urgent de les ramener à leur finalité première ».

Bien commun

De la dignité, de l'unité et de l'égalité de toutes les personnes découle avant tout le principe du bien commun, auquel tout aspect de la vie sociale doit se référer pour trouver une plénitude de sens. Selon une première et vaste acception, par bien commun on entend: « cet ensemble de conditions sociales qui permettent, tant aux groupes qu'à chacun de leurs membres, d'atteindre leur perfection d'une façon plus totale et plus aisée ».

Le bien commun ne consiste pas dans la simple somme des biens particuliers de chaque sujet du corps social. Étant à tous et à chacun, il est et demeure commun, car indivisible et parce qu'il n'est possible qu'ensemble de l'atteindre, de l'accroître et de le conserver, notamment en vue de l'avenir. Comme l'agir moral de l'individu se réalise en faisant le bien, de même l'agir social parvient à sa plénitude en accomplissant le bien commun. De fait, le bien commun peut être compris comme la dimension sociale et communautaire du bien moral.

Subsidiarité

Sur la base de ce principe, toutes les sociétés d'ordre supérieur doivent se mettre en attitude d'aide (« subsidium ») — donc de soutien, de promotion, de développement — par rapport aux sociétés d'ordre mineur. De la sorte, les corps sociaux intermédiaires peuvent remplir de manière appropriée les fonctions qui leur reviennent, sans devoir les céder injustement à d'autres groupes sociaux de niveau supérieur, lesquels finiraient par les absorber et les remplacer et, à la fin, leur nieraient leur dignité et leur espace vital.

À la subsidiarité comprise dans un sens positif, comme aide économique, institutionnelle, législative offerte aux entités sociales plus petites, correspond une série d'implications dans un sens négatif, qui imposent à l'État de s'abstenir de tout ce qui restreindrait, de fait, l'espace vital des cellules mineures et essentielles de la société. Leur initiative, leur liberté et leur responsabilité ne doivent pas être supplantées.

Solidarité

Le principe de la solidarité implique que les hommes de notre temps cultivent davantage la conscience de la dette qu'ils ont à l'égard de la société dans laquelle ils sont insérés: ils sont débiteurs des conditions qui rendent viable l'existence humaine, ainsi que du patrimoine, indivisible et indispensable, constitué par la culture, par la connaissance scientifique et technologique, par les biens matériels et immatériels, par tout ce que l'aventure humaine a produit. Une telle dette doit être honorée dans les diverses manifestations de l'action sociale, de sorte que le chemin des hommes ne s'interrompe pas, mais demeure ouvert aux générations présentes et futures, appelées ensemble, les unes et les autres, à partager solidairement le même don.

Les nouvelles relations d'interdépendance entre les hommes et les peuples qui sont, de fait, des formes de solidarité, doivent se transformer en relations tendant à une véritable solidarité éthico-sociale, qui est l'exigence morale inhérente à toutes les relations humaines. La solidarité se présente donc sous deux aspects complémentaires: celui de principe social et celui de vertu morale.

La solidarité doit être saisie avant tout dans sa valeur de principe social ordonnateur des institutions, en vertu duquel les « structures de péché » qui dominent les rapports entre les personnes et les peuples doivent être dépassées et transformées en structures de solidarité, à travers l'élaboration ou la modification opportune de lois, de règles du marché ou la création d'institutions.

La solidarité est également une véritable vertu morale, et non pas « un sentiment de compassion vague ou d'attendrissement superficiel pour les maux subis par tant de personnes proches ou lointaines. Au contraire, c'est la détermination ferme et persévérante de travailler pour le bien commun; c'est-à-dire pour le bien de tous et de chacun parce que tous nous sommes vraiment responsables de tous ». La solidarité s'élève au rang de vertu sociale fondamentale parce qu'elle se situe dans la dimension de la justice, vertu orientée par excellence au bien commun et dans l'engagement à « se dépenser pour le bien du prochain en étant prêt, au sens évangélique du terme, à “se perdre” pour l'autre au lieu de l'exploiter, et à “le servir” au lieu de l'opprimer à son propre profit (cf. Mt 10, 40-42; 20, 25; Mc 10, 42-45; Lc 22, 25-27) »

Travail et capital

Le rapport entre travail et capital trouve aussi une expression à travers la participation des travailleurs à la propriété, à sa gestion, à ses fruits. C'est une exigence trop souvent négligée, qu'il faut au contraire mieux mettre en valeur: « Chacun, du fait de son travail, a un titre plénier à se considérer en même temps comme co-propriétaire du grand chantier de travail dans lequel il s'engage avec tous. Une des voies pour parvenir à cet objectif pourrait être d'associer le travail, dans la mesure du possible, à la propriété du capital, et de donner vie à une série de corps intermédiaires à finalités économiques, sociales et culturelles: ces corps jouiraient d'une autonomie effective vis-à-vis des pouvoirs publics; ils poursuivraient leurs objectifs spécifiques en entretenant entre eux des rapports de loyale collaboration et en se soumettant aux exigences du bien commun, ils revêtiraient la forme et la substance d'une communauté vivante. Ainsi leurs membres respectifs seraient-ils considérés et traités comme des personnes et stimulés à prendre une part active à leur vie ». La nouvelle organisation du travail, où le savoir compte plus que la seule propriété des moyens de production, atteste de manière concrète que le travail, en raison de son caractère subjectif, est un titre de participation: il est indispensable d'en être profondément conscient pour évaluer la juste position du travail dans le processus de production et pour trouver des modalités de participation conformes à la subjectivité du travail dans les particularités des diverses situations concrètes.

Références

Tous les principes énoncés ci-dessus sont repris du Compendium de la Doctrine Sociale de l'Église, dont le texte intégral se trouve ici.

Tout esprit de bonne foi constatera le bien fondé raisonnable de ces principes, qui guident notre réflexion dans un sens profond de justice, de partage et d'équité. Notre objectif n'est pas seulement de réformer le fonctionnement du Valais, mais à travers cet exemple, de créer des conditions modèle pour que des actions semblable se développent dans des contrées où la précarité rend la chose urgente.

La finalité est donc double : une volonté très ferme de corriger le système, d'en chasser tous les prédateurs, animée par un  profond sentiment de justice et d'équité.

Gratuité de l'argent

L’idéal de réforme monétaire se base sur la nécessité de sortir du système de l’argent-dette, donc de créer l’argent gratuitement.

La dette ne profite qu’au monde bancaire, qui investit les intérêts perçus sur les marchés financiers (pour revendre l’argent) ou pour dégager de nouveaux crédits, qui affaiblissent le système à cause de l’effet multiplicatif de l’argent interbancaire, vu que les prêts ne sont de loin pas couverts à 100%. L’argent-dette appauvrit la société en général, étant donné les banques créent de l’argent par le crédit, en ne créant pas l’argent nécessaire aux intérêts. Le système bancaire, qui est à la source de l’argent, le détourne en fait de sa fonction principale, transformant sa fonction d’échange de biens et de services en système de concentration de la masse monétaire. Cette usage est unanimement condamné par les philosophes depuis Aristote, qui a même inventé le terme de “chrématistique” pour qualifier ce dévoiement.

Puisque la gratuité est exigée pour la monnaie, introduisant ainsi pour la première fois dans l’histoire de l’humanité la notion très précise de “monnaie libre“, elle est donc proposée par anticipation d’une éthique de réciprocité. La philosophie moderne du “libre” ou encore “culture du libre” est donc le leitmotiv de ce blog, qui met les documents et les idées à disposition selon ce mode de pensée.  Selon la théorie relative de la monnaie, la monnaie libre doit donc être considérée comme un outil de type logiciel, qui doit répondre à un certain nombre de critères précis de nature et de fonctionnement. Elle s’inscrit par nature dans l’idée qu’à l’exemple des logiciels elle ne peut avoir de propriétaire, et que par conséquent elle ne peut pas être mise à disposition contre rétribution.

D’un point de vue pratique, cette monnaie doit être créée exclusivement par l’état. La monnaie est donc nationalisée, et les banques ne peuvent plus faire de création monétaire. Toute la monnaie secondaire, créée par les banques, doit est remplacée par de la monnaie centrale, par création monétaire. Cette monnaie centrale, fiduciaire ou scripturale, vient annuler le risque de mise en défaut de paiement des banques, et stabilise tout le système bancaire.

À partir de là, le financement  complet du revenu de base universel est assuré sans instaurer de vases communicants : prélever à gauche ce qu’on va redistribuer à droite. D’autre part, cela permet d’éliminer tout forme d’impôt direct sur le revenu, puisque le revenu de base, versé par l’état, est déjà en soi un impôt négatif.


 

Reprise du blog "Suisse romande pour la réforme monétaire"